Votre travail ne parle pas pour vous
Je fabrique des visuels toute la journée. Un bon jour, peut-être 2 % d'entre eux sont vus par quelqu'un en dehors du dossier.
Les brouillons, l'option que le client n'a pas retenue, l'heure passée sur un détail que personne ne remarquera consciemment. Tout ça reste sur mon disque. Pendant des années, ça ne m'a pas vraiment dérangé. J'étais dans l'équipe « le-travail-parle-de-lui-même ». Tête baissée : faire, livrer, passer à la suite.
Sauf que non. Il faut que quelqu'un le montre, concrètement.
On pourrait croire que c'est un truc de designer. Mais c'est exactement le mur que vous heurtez le jour où vous entrez dans une pièce pour lever des fonds. Vous avez passé des mois, parfois des années, à construire quelque chose qui marche. L'investisseur accorde environ huit secondes à votre slide. Tout ce que vous savez de votre boîte doit franchir cet écart, et seul, il n'y arrive presque jamais.
Faire et montrer sont deux métiers différents
La compétence qui construit une entreprise et celle qui l'explique ne sont pas la même. Beaucoup de fondateurs excellent dans la première et sont complètement perdus dans la seconde, et c'est normal. Construire, c'est le métier que vous avez choisi. Le montrer ressemble à une tâche administrative qu'on traitera à la fin, s'il reste du temps.
Résultat : le deck est fait en dernier, dans l'urgence. Vingt slides qui listent ce que fait la boîte, sans jamais faire ressentir pourquoi ça compte. Le round traîne. On accuse le marché.
Faire du bon travail, c'est la partie dont vous êtes fier. Le faire voir, c'est la partie qui décide de votre levée.
Un investisseur n'étudie pas votre deck comme un juge pèse des preuves. Il scanne, comme on scanne tout aujourd'hui. À moitié distrait, à la recherche d'une seule raison de continuer. Si votre raisonnement est enterré trois puces plus bas, personne ne va le déterrer. On ouvre simplement le deck suivant dans la boîte mail.
Pourquoi les 98 % invisibles comptent
La partie intéressante d'un projet, c'est presque toujours celle que personne ne voit. Les options écartées. La contrainte contournée sans bruit. La raison pour laquelle vous avez pris un chemin quand tout le monde prend l'autre. C'est là que se révèle votre jugement, et le jugement, c'est précisément ce qu'un investisseur paie, bien plus que la liste de fonctionnalités.
Le problème : le jugement ne se montre pas tout seul. Une slide propre et finie cache toute la réflexion qui l'a produite. Le travail qui devrait vous valoir le plus de confiance est donc exactement celui que vous gardez hors de vue. Lever, c'est en grande partie ramener une partie de ces 98 % cachés là où les gens peuvent les voir.
Comment montrer votre propre travail
Rien de ce qui suit ne demande des compétences en design. Il faut juste traiter « montrer le travail » comme une vraie tâche de la liste, et lui donner de vraies heures au lieu des vingt dernières minutes avant le rendez-vous.
1. Une idée par slide
Une slide qui porte trois messages n'en fait passer aucun. Choisissez la seule chose que chaque slide doit transmettre, et écrivez-la directement dans le titre, sous forme de vraie phrase. « On a fait x4 sans un euro de pub » fait le job. « Traction » non. Ensuite, tout le reste de la slide vient appuyer cette unique ligne. Si vous ne pouvez pas dire à quoi sert une slide en une phrase, c'est qu'elle n'est pas finie.
2. Expliquez les choix que vous avez faits
Mettez sur la slide la décision qui se cache derrière le résultat. Une phrase comme « on a choisi d'aller niche avant d'aller large » en dit plus à un investisseur qu'un énième graphique de taille de marché, parce qu'elle montre comment votre tête fonctionne vraiment. Les gens misent sur des fondateurs dont ils peuvent suivre le raisonnement. Rendez donc ce raisonnement visible au lieu de le cacher sous le résultat.
3. Montrez un peu du chantier
Un deck qui n'est qu'une suite de rendus finaux léchés donne l'impression qu'une agence l'a fait à votre place. Montrez un bout du chemin parcouru, la chose que vous avez tentée et qui a échoué, et ce qu'elle vous a appris : on lit alors une vraie équipe qui a mis les mains dans le cambouis. Un peu d'honnêteté brute inspire souvent plus confiance qu'un mur de slides parfaites.
4. Le design est un signal de crédibilité
Personne ne vous fait un chèque parce que le deck est joli. Mais un deck bâclé murmure « ces gens-là bâclent », et ce soupçon déteint sur la façon dont on lit vos chiffres et votre produit. Un deck qui tient visuellement retire en silence une objection de la table avant même qu'elle soit formulée. Vous n'êtes pas là pour impressionner. Vous êtes là pour donner une raison de moins de dire non.
5. Coupez jusqu'à ce que ce soit serré
Supprimer une slide prend dix secondes. Savoir laquelle supprimer, c'est ça le vrai savoir-faire. Toute slide qui ne tire pas son poids affaiblit celles qui le font. Dans le doute, enlevez-la. Dix slides nettes feront plus pour vous que vingt qui perdent la salle à mi-chemin.
Où ça vous laisse
La plupart des fondateurs que je rencontre n'ont pas un problème de qualité. Ils ont un problème de visibilité. Le pari est réel, le travail est réel, il est juste posé quelque part où l'investisseur ne regarde jamais. Vous avez déjà fait la moitié difficile en construisant la chose. L'autre moitié, c'est de vous assurer que les gens voient vraiment ce que vous avez construit, dit assez clairement pour survivre à huit secondes de demi-attention. Presque personne ne fait cette partie correctement. C'est là qu'est l'ouverture.
Construisez la chose. Puis assurez-vous que quelqu'un la regarde vraiment.
Si l'image de votre boîte ne correspond pas encore à votre ambition, c'est une conversation de 30 minutes. J'aide les fondateurs en levée (seed à série A) à transformer ce qu'ils ont construit en une marque, un site 3D interactif et un pitch deck que les investisseurs ressentent vraiment, une seule personne sur l'ensemble, en général en 2 à 4 semaines. Ce n'est pas un appel commercial : on regarde simplement où votre histoire se perd entre ce que vous avez construit et ce que les gens finissent par voir.